Les visites augmentées par des dispositifs numériques

​Les dispositifs numériques ont fait évoluer nos usages et nos possibilités. C’est particulièrement le cas dans le tourisme qui s’est emparé des nouvelles technologies pour requestionner les usages traditionnels. En effet, les problématiques d’attraction et de médiation nécessitent souvent d’être retravaillées pour correspondre à l’attente du public.

Au cours des dernières années, les musées et expositions se sont emparés du numérique de bien des manières. Cela a commencé avec des audioguides ou des tablettes, ou encore avec des écrans interactifs comme The ArtLens Wall au Cleveland Museum of Art. Le visiteur, au sein de son parcours, va alors avoir la possibilité d’agir sur sa propre visite grâce à ces dispositifs numériques. Cependant, cela reste principalement sur un parcours très guidé, prédéfini et plutôt clos. Quand est-il à une échelle différente au sein de territoires, de villes ou de lieux culturels remarquables ?

De plus en plus d’applications mobiles voient le jour pour accompagner les visiteurs. Là où parfois, il s’agit uniquement de la substitution d’un classique guide touristique (papier ou humain) par une application géolocalisée, certaines institutions proposent des applications en réalité augmentée. C’est le cas de Pompey, une application sur les aciéries de Pompey. Par le biais de QR code et en utilisant différents mediums, l’application permet notamment de superposer d’anciennes photographies d’archives à la réalité. Cela permet, sur un lieu qui n’a plus du tout la même valeur paysagère – les aciéries n’existent plus – de reconstruire un passé et de le montrer avec une approche contextualisée permettant de s’y projeter plus facilement. L’application met aussi à disposition des témoignages audio de différents acteurs des aciéries. Le contenu apporte une certaine richesse à la visite mais le contexte implique une utilisation et un parcours très scripté. Cependant, sur un site historique tel que celui-ci, cela permet de garder une cohérence dans la narration d’un passé disparu.

Dans traverse, partage ton patrimoine, l’application qui cible les patrimoines franco-suisses propose des usages semblables sur la forme. Cette collaboration franco-suisse pointe plusieurs lieux tels que la ville de Genève en s’attardant à montrer un passé historique et culturel par le biais d’informations textuelles, d’images d’archives ou encore d’enregistrements audio. L’application propose plusieurs types d’utilisations. La première consiste à suivre des parcours prédéfinis qui amènent le visiteur à découvrir les différents points d’intérêts culturels et historiques dans la ville. Il s’agit d’une promenade guidée et augmentée. L’utilisateur suit son propre rythme et décide de consommer tous les contenus ou bien de se concentrer sur les thématiques qui l’intéresse le plus.

La différence avec d’autres applications de tourisme est que celle-ci est personnalisable. L’utilisateur peut ainsi sauvegarder les différents lieux et créer ses propres playlists. Un enseignant par exemple a la possibilité de créer une playlist et de la partager avec ses élèves dans le cadre d’une visite thématique in situ. Il est également possible d’utiliser l’application comme point de départ pour aller se perdre dans les rues, et, à la manière d’une carte au trésor, partir à la recherche des points d’intérêts.

Ces nouvelles applications de tourisme transforment les usages en proposant des visites augmentées. Le visiteur devient alors acteur de sa visite. Il va par exemple chercher le bon point de vue pour superposer le virtuel à la réalité. Par ailleurs, l’utilisation d’applications mobiles permet de rendre accessible divers contenus multimédias. Dans des musées ou des institutions physiques, ces contenus sont facilement mis en place, grâce aux projections, aux haut-parleurs, etc., mais sur des parcours extérieurs moins tangibles, les smartphones permettent une liberté de mouvement et de consommation de ces contenus.

Ce type d’application permet donc de lier des visites in situ à divers contenus numériques. Le transmédia donne la possibilité de connecter des photographies (d’archives ou non) voire des vidéos à des lieux, ou encore de partager des témoignages audios. De plus, l’environnement tangible de la visite laisse le visiteur expérimenter un parcours concret et un rapport spécifique au lieu qui devient augmenté par le numérique.

BIBLIOGRAPHIE

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https://www.traverse-patrimoines.com/

https://ulrichfischer.net/patrimoines-en-partage/

https://tourisme.bassinpompey.fr/a-voir-a-faire/circuit-de-pompey

Tous les textes des carnets de recherche sont publiés par le blog du laboratoire De Visu sur le site hypothèses : Open édition en sciences humaines et sociales.